
Le rôle crucial de Zanzibar dans le commerce des épices et l’esclavage dans l’océan Indien
Zanzibar, au large de la Tanzanie actuelle, occupe une place centrale dans l’histoire économique, culturelle et humaine de l’océan Indien. Entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle, l’île devint un carrefour indispensable reliant l’Afrique orientale, la péninsule Arabique et l’Asie du Sud. Cette prospérité s’est construite autour de deux activités majeures : la production et l’exportation d’épices, et la participation active au commerce esclavagiste régional. Comprendre Zanzibar, c’est comprendre les dynamiques d’un monde maritime interconnecté bien avant l’ère moderne.
Une position stratégique façonnée par les moussons
Ce qui fit d’abord la force de Zanzibar, c’est sa localisation. Les vents de mousson permettaient aux navigateurs d’Oman, d’Inde, de Perse ou de la côte swahilie de voyager de manière prévisible, en reliant aisément les continents. L’île devint une escale naturelle, un lieu où les marchands échangeaient, réparaient leurs navires et stockaient leurs marchandises. À partir du Moyen Âge, une élite marchande swahilie s’y installa, donnant naissance à une culture métissée où se mêlaient influences africaines, arabes, indiennes et persanes.
L’autorité omanaise et la structuration d’un empire marchand
Au XIXᵉ siècle, un changement majeur survint : le sultanat d’Oman déplaça sa capitale à Zanzibar. Cette décision transforma l’île en centre politique et économique. Sous Sayyid Saïd notamment, les infrastructures portuaires se modernisèrent, les plantations se multiplièrent et de nouvelles routes commerciales se consolidèrent. Zanzibar devint l’un des territoires les plus puissants de l’océan Indien, capable de contrôler une vaste partie des échanges entre l’Afrique et le monde arabophone.
L’île aux épices : un géant du clou de girofle
La réputation de Zanzibar comme “île aux épices” repose sur la mise en place de vastes plantations de girofliers, de canneliers et de muscadiers. Le clou de girofle joua un rôle central : il devint une ressource si précieuse qu’il était parfois utilisé comme monnaie d’échange. Le climat tropical chaud et humide permettait une production stable et abondante, ce qui positionna Zanzibar parmi les premiers exportateurs mondiaux. Ces cultures nécessitaient toutefois une main-d’œuvre importante et stable, ce qui explique en grande partie l’essor parallèle du commerce d’êtres humains.
La traite dans l’océan Indien : une réalité longtemps ignorée
Si l’histoire populaire retient surtout la traite transatlantique, l’océan Indien fut lui aussi le théâtre d’un commerce esclavagiste vaste et structuré. Zanzibar y joua un rôle de premier plan. Des caravanes ramenaient des captifs depuis l’intérieur du continent, parfois à des centaines de kilomètres de la côte. Une fois arrivés à Zanzibar, certains esclaves étaient vendus pour travailler dans les plantations locales, tandis que d’autres étaient exportés vers Oman, la péninsule Arabique, voire l’Inde. Le marché aux esclaves de Stone Town, dont il subsiste aujourd’hui des vestiges, témoigne encore de cette activité tragique.
Stone Town, entre prospérité et mémoire
Au cœur de ce système, Stone Town mêlait luxe, art et commerce. Ses maisons à portes sculptées, sa mosquée vieille de plusieurs siècles, ses palais omanais et ses ruelles labyrinthiques reflétaient une richesse considérable. Mais la splendeur architecturale côtoyait l’un des grands centres de la traite de tout l’océan Indien. Cette dualité, visible encore aujourd’hui, fait de Stone Town un lieu de mémoire essentiel pour comprendre la réalité des échanges régionaux.
Du démantèlement de la traite à la réorientation économique
La pression britannique au XIXᵉ siècle finit par imposer un démantèlement progressif de la traite, qui fut officiellement abolie dans les années 1870. Zanzibar dut alors repenser son modèle économique. L’industrie des épices demeura importante, mais les structures sociales et économiques de l’île en furent profondément transformées. Les traces de cette transition se lisent encore aujourd’hui dans l’organisation des villages, des anciennes plantations et dans la mémoire collective de l’archipel.
Conclusion
Zanzibar fut bien plus qu’un simple port : elle fut un centre névralgique où se croisaient intérêts économiques, réseaux marchands et histoires humaines complexes. Son rôle dans la diffusion des épices à travers le monde et dans la traite au sein de l’océan Indien en fait un lieu incontournable pour comprendre les dynamiques régionales des derniers siècles. Aujourd’hui, l’île conserve ce double héritage : une richesse culturelle issue de siècles d’échanges, et une responsabilité mémorielle liée aux drames qui ont façonné son passé. Pour les voyageurs, découvrir Zanzibar, c’est saisir toute la profondeur de cette histoire, surtout lorsqu’on la découvre en lien avec les territoires voisins, comme le propose le circuit Passion Kenya, Tanzanie et Zanzibar, qui permet d’explorer l’ensemble de cette région et d’en comprendre la cohérence historique à travers ses paysages, ses peuples et ses anciens réseaux d’échanges.
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